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L’enquête du journal Le Soir sur l’indépendance des médias: peut-on être juge et partie?

Submitted by on March 6, 2012 – 12:46No Comment

Durant le mois de février, le quo­ti­dien belge Le Soir a enquêté sur les tabous de la société belge. L’une de ces treize enquêtes, choisie par les lecteurs/ inter­nautes, fut menée sur l’indépendance des médias belges fran­coph­o­nes. Parmi les inter­views, pas mal de gens du métier. Der­rière des posi­tions assez con­sen­suelles, une analyse à contre-courant a retenu notre atten­tion : celle de Geof­frey Geuens, Chargé de cours en com­mu­ni­ca­tion à l’Université de Liège et auteur de La finance imag­i­naire et les vieilles élites de la nou­velle économie. Dom­mage que le bilan de l’enquête dressé par le Soir n’y fasse aucune allusion…

Les con­clu­sions de l’enquête : un bilan plutôt flat­teur pour les médias belges


Si l’on se base sur la majorité des inter­views réal­isées, le bilan est plutôt flat­teur pour la Bel­gique : des pres­sions poli­tiques et des con­traintes économiques pèsent sur les jour­nal­istes belges, certes, mais ceux-ci “résistent”!

Les sources du cap­i­tal des groupes de presse ne seraient pas une men­ace en Bel­gique, où, selon Bernard Marchant, admin­is­tra­teur délégué du groupe Rossel (qui détient notam­ment le Soir) et André Linard, ancien jour­nal­iste et Secré­taire Général du Con­seil de Déon­tolo­gie jour­nal­is­tique, on trouve encore “de vraies entre­prises de presses” , pour qui “l’information est quelque chose d’important”. L’indépendance du Groupe Rossel tiendrait égale­ment au fait qu’aucun client ne dépasse 3% du Bud­get et que l’intervention de l’Etat, pour Le Soir, est équiv­a­lente à 2,68% .

Les choses sont-elles dif­férentes du côté du ser­vice pub­lic, dont le buget provient pour les ¾ de la dota­tion publique? Selon Jean-Pierre Jacqmin, directeurs des pro­grammes à la RTBF, le con­trat de ges­tion estune solide garantie de pou­voir exercer son métier”.

Les aides pub­lic­i­taires n’auraient pas non plus une influ­ence sig­ni­fica­tive: pour Bernard Marchant,les pres­sions sont absentes”. Pour Jean-Pierre Jacqmin, elles exis­tent bel et bien, mais la RTBF résiste fer­me­ment: “Pas ques­tion!”.

André Linard nuance le pro­pos et pré­cise que le risque estsurtout grand pour les petites pub­li­ca­tions, pour les mag­a­zines spé­cial­isés” . Il cite les “exem­ples où un sujet ne serait pas traité s’il n’est pas généra­teur de pub­lic­ités. Des annon­ceurs peu­vent aussi faire pres­sion en reti­rant leurs cam­pagnes de pub­lic­ité parce que des arti­cles por­tent un regard cri­tique sur leurs produits”.

Sur la ques­tion des moyens financiers, Jean-Pierre Jacqmin insiste sur les risques liés à la faible dota­tion de la RTBF, “le ser­vice pub­lic le moins bien financé d’Europe après le Por­tu­gal. Il aver­tit : “Il faut faire atten­tion, il arrivera un moment où nous n’aurons plus les moyens de nos mis­sions”.

Dans le privé, on est plus ent­hou­si­aste. Pour Stéphane Rosen­blatt, directeur de l’information chez RTL,La pro­por­tion de moyens util­isés par nos rédac­tions au regard des moyens de pro­duc­tion investis dans la mai­son sont extra­or­di­naires si l’on com­pare cela avec la plu­part des chaînes privées en Europe. Il refuse toute­fois de don­ner don­ner cette pro­por­tion. Mal­gré les dif­fi­cultés finan­cière, Bernard Marchant affirme égale­ment que les plans soci­aux suc­ces­sifs du groupe Rossel n’ont pas touché les jour­nal­iste, mais plutôt les techniciens.

Les rela­tions des jour­nal­istes aux pres­sions poli­tiques et de groupes d’intérêt seraient égale­ment bien gérées. Pour Bernard Marchant, le garde-fou se situe, “au niveau des rédac­tions dans le sys­tème de relec­ture”. Des par­tis et organ­i­sa­tions “infor­ment mieux la presse que d’autres. La presse serait idiote de ne pas traiter une bonne infor­ma­tion, elle ne ferait pas son métier. Évidem­ment qu’on doit pub­lier, mais on doit se deman­der pourquoi une infor­ma­tion nous est don­née. Et cela peut induire une per­cep­tion de la part du lecteur. La presse doit veiller à un équili­bre. Notre mis­sion est d’y veiller, d’induire le fait de traiter davan­tage cer­tains sujets”.

Les ten­ta­tives de pres­sion sont inévita­bles, ajoute André Linard, mais “là encore”, ce sont aux jour­nal­istes de “met­tre en œuvre des résis­tances par rap­port à cela”. Il pré­cise que le Con­seil n’a pour l’instant traité aucun cas de pres­sion politique.


Goef­frey Geuens: une analyse à contre-courant absente du bilan de l’enquête

La syn­thèse des inter­views réal­isée par le jour­nal et postée le 20 février, reprend donc les pro­pos des per­son­al­ités déjà citées plus haut dans cet arti­cle et le con­stat est le même: des pres­sions exis­tent mais elles sont beau­coup moins fortes qu’on l’imagine et les jour­nal­istes parvi­en­nent assez bien à les con­trer. Cela fait par­tie de leur métier.

Ce qui étonne, c’est que son bilan ne men­tionne à aucun moment l’interview de Goef­frey Geuens, pub­liée la veille, qui de son regard extérieur, apporte des nuances impor­tantes et des élé­ments d’analyses nou­veaux, selon nous très utiles à la com­préhen­sion du phénomène de dépendance/indépendance des médias/journalistes.

Con­cer­nant le cap­i­tal des entre­prises de presse, il remet les choses en place: “Nous n’avons pas du tout une entre­prise des médias con­trôlées par des spé­cial­istes de la presse. C’est une légende!”. C’est vrai, comme le dit André Linard,nous n’avons pas de vendeurs de canon, d’entrepreneurs de travaux publics…” mais Goef­frey Geuens rap­pelle très juste­ment que le prési­dent du Con­seil d’Administration du groupe IPM (La Libre Bel­gique et La Dernière Heure), n’est autre qu’Alex Miller, ancien patron de Dexia, siège égale­ment aux Con­seils de deux grands groupes indus­triels belges, Carmeuse et Spadel (infor­ma­tion véri­fiée et con­fir­mée). Thomas Ley­sen est à la fois prési­dent de Core­lio (De Stan­daard) et de la banque KBC. “Affirmer que la presse est dirigée par des per­son­nal­ités qui n’ont d’intérêts que dans ce secteur, c’est le con­traire de la vérité […] L’information est une marchan­dise. La rentabil­ité est un objec­tif en soi. Cela a des effets sur les con­di­tions de tra­vail.

Loin de la théorie du com­plot et des pres­sions tou­jours évi­dentes, il nous parle égale­ment d’une ten­dance ( incon­sciente) des pro­fes­sion­nels de la presse à un con­formisme ambiant qui assur­erait la repro­duc­tion du sys­tème socio-économique actuel, sans jamais le ques­tion­ner: “ces derniers temps, le dis­cours médi­a­tique sur l’austérité ou sur les grèves vont dans ce sens. La presse se présente comme un contre-pouvoir, mais elle joue plutôt le rôle d’attaché de com­mu­ni­ca­tion du gou­verne­ment en cette péri­ode de crise. Ce n’est pas un com­plot, c’est une prox­im­ité idéologique. […] Il y a des voix dis­so­nantes, les syn­di­cats ont voix au chapitre bien sûr. Mais en ce qui con­cerne les lignes édi­to­ri­ales, on est dans une presse qui a pris posi­tion, qui n’est pas au-dessus de la mêlée. C’est un vrai prob­lème. Le plu­ral­isme est très lim­ité. Il n’y a plus de média grand pub­lic qui, sur les ques­tions socio-économique, fasse contre-point à un dis­cours qui jus­ti­fie l’austérité, la néces­sité des réformes, approuve le plan des pen­sions, dénonce les grèves…

Ce phénomène s’observe aussi dans le pub­lic. Dès lors, com­ment et où retrou­ver des voix dis­o­nantes et un vrai plu­ral­isme? Goef­frey Geuens pré­conise la piste asso­cia­tive et “le con­trôle par les tra­vailleurs eux-mêmes…

N.B. L’année 2012 ayant été proclamée Année inter­na­tionale des coopéra­tives, Socialeuropeanjournalism.com en prof­it­era pour tra­vailler sur les médias coopérat­ifs et d’autres mod­èles comme celui de la “firme démoc­ra­tique” pro­posé par Philippe D. Gros­jean.


Les ques­tions que nous inspire l’enquête du jour­nal
Le Soir…

Tout d’abord, peut-on être juge et partie ?

Le fait qu’un jour­nal­iste, qu’un media se pose la ques­tion de l’indépendance de sa pro­fes­sion est une réflexe sain et heureux. Mais sont-ils les mieux placés pour mener l’enquête?

Der­rière les inter­views com­plaisantes, com­ment mener un tra­vail de véri­fi­ca­tion et d’investigation juste­ment indépen­dant? Com­ment ne pas tomber dans l’une des deux atti­tudes qui con­siste soit à défendre envers et con­tre tout sa pro­fes­sion, dans un repli cor­po­ratiste, soit à dia­boliser sans réel argu­ment les médias et les jour­nal­istes, dont la grande majorité exer­cent leur métier avec pro­fes­sion­nal­isme et éthique?

Et au-delà d’une pos­ture éthique, le jour­nal­iste peut il porter à bout de bras l’indépendence des médias en Europe?

La très grande majorité des inter­viewés insis­tent en effet sur la voca­tion et la respon­s­abil­ité pro­fes­sion­nelle du jour­nal­iste, qui aurait la capac­ité et le devoir de résis­ter à un jeu de pres­sions inévita­bles. Bernard Marchant nous ressert la fig­ure du jour­nal­iste pas­sioné, qui ne compte pas ses heures. L’administrateur du groupe Rossel souhait­erait une flex­i­bil­i­sa­tion sup­plé­men­taire du statut des jour­nal­istes belges, afin de mieux val­oriser “la qual­ité” (un jour­nal­iste qui “fait deux fois son horaire”)… Mais n’est-ce pas là creuser la voie déjà bien ouverte d’une pré­cari­sa­tion crois­sante des con­di­tions de tra­vail des jour­nal­istes, donc créer une entrave tou­jours plus grande à un vrai tra­vail d’investigation plu­ral­iste, et entraîner une stig­ma­ti­sa­tion tou­jours plus forte de la pro­fes­sion? C’est le ser­pent qui se mort la queue!

Jean-François Dumont, vice-président de l’Asso­ci­a­tion des Jour­nal­istes Pro­fes­sion­nels de Bel­gique, le rap­pelle utile­ment: pour les pigistes, “les mêmes tar­ifs sont en vigueur depuis cinq ans, dix ans, vingt ans… Sans aug­men­ta­tion ni index­a­tion. C’est un frein à l’indépendance”.

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