Plongée dans le débat sur les prix du journalisme européen
The end of the European Parliament prize for journalism, announced one month ago, relaunched the debate on European institutions’ action towards journalists. For its supporters, such a prize is a important means to encourage journalists to seize European matters. For its critics, it is incompatible with the journalists’ need of independence. Read more in Maxence Peniguet’s following article (in French).
L’annonce de l’abandon du prix du Parlement européen pour le journalisme le mois dernier a relancé le débat autour de l’action des institutions européennes sur les journalistes chargés de les suivre. L’Union européenne doit-elle supporter de quelque manière que ce soit les journalistes ? À la vue des nombreuses candidatures aux prix et le développement des projets financés, poser la question paraît bien désuet.
Après 4 ans de service, l’organisation du prix du Parlement européen pour le journalisme est arrêtée. L’information a été révélée sur ce blog le 20 octobre 2011, soit un jour après la remise des prix. Information confirmée par le porte-parole du Parlement malgré le fait que « l’Association de la presse internationale s’était adressée au PE en faveur de son maintien. »
Si l’on a pu croire à un arrêt brutal du prix, en fait, sa fin fut véritablement votée en mai 2011 (point 92 du texte), le Parlement européen déplorant « que ce prix était inopportun dans la mesure où le Parlement n’a pas à décerner des prix à des journalistes dont le travail consiste à examiner de façon critique les institutions de l’Union et leurs travaux.» En somme, l’institution partage l’avis des détracteurs, qualifiant en substance le prix de remerciement pour propagande.
La Commission européenne, championne des prix
Le Parlement européen, organe représentatif du peuple européen, connaît un fonctionnement démocratique puisque ce sont les députés qui décident de leur organisation interne, avec comme on l’a vu par exemple, la fin du prix pour le journalisme. À son opposé, la Commission européenne, remplie de personnes non élues, organise, elle, toujours quelques prix.
On citera parmi eux le prix européen du journalisme dans le domaine de la santé ou le prix Lorenzo Natali qui récompense les journalistes engagés pour le développement, la démocratie et les droits de l’homme. Tous deux contactés, seul le prix Lorenzo Natali a donné un retour sur son « succès » : « Le prix obtient chaque année plus de reconnaissance. Plus de 1 000 journalistes déposent leur candidature chaque année. En 2011, il y avait plus de 1 300 participants », explique un attaché de presse d’Andris Piebalgs, commissaire européen au développement. En revanche, il ne semble y avoir eu aucune étude réalisée quant à la pertinence d’un tel prix, qui aura tout de même 20 ans d’existence en 2012.
« Mon article était critique »
Commission et Parlement ont donc une position opposée. Tout comme, entre eux, les journalistes. Il y a ceux qui, comme ce journal danois, trouvent qu’ « on ne peut pas veiller à une presse libre et en même temps récompenser ceux qui écrivent les ‘bonnes choses’ sur les ‘bons sujets’. » Et il y a ceux qui, comme Tero Koskinen, l’un des lauréats du prix du Parlement européen cette année, pensent que l’UE doit motiver les journalistes, car : « La réalité est que le nombre de journalistes couvrant les affaires européennes diminue. (…) Si les journalistes critiques ne sont pas intéressés dans l’UE cela peut devenir un réel problème pour la démocratie. »
D’autant que Tero Koskinen précise qu’il est un « journaliste d’investigation » et à ce titre ne produit que « des histoires critiques, ce qui signifie une immunité professionnelle face à la propagande de l’UE .» Il précise que son « article était critique — l’administration de Ceausescu était plus favorable aux Roms roumains que celle de l’UE. » Mais le Finlandais est bien conscient des remarques faites à l’encontre de ce genre de compétition et celle du Parlement en particulier. Il pense donc que « le prix doit être organisé, mais sans député européen au sein du jury .»
Ceux qui pensent qu’il faut que l’UE organise des prix et soutienne les journalistes ont déjà gagné, en pratique, à la vue des nombreuses compétitions existantes. Ceux qui sont contre ne font qu’empêcher de nouveaux projets de se créer, comme ce fut le cas avec l’abandon de l’enveloppe d’1, 5 million d’euros devant être donnée par l’UE à des journalistes d’investigation sur des collaborations transfrontalières.
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